Dans le noir # Chronique 23
Deux inconnus, une jeune fille en fleur, un homme que l’on sent d’âge plus mûr. S’installe entre eux, une relation épistolaire par email, puis un jeu pervers et intriguant. Il devient son confident, elle le veut Amant, elle décide de le rencontrer. Il accepte, mais à ses conditions : « A chaque rencontre, elle porterait un bandeau. Il ne parlerait pas. Elle pourrait se servir de ses autres sens, sans jamais ôter le bandeau. »
Alors commence le lent ballet des rendez-vous masqués, dirigés par l’Amant et racontés par l’héroïne qui s’y prête avec passion et dévotion. Avec elle, nous voilà les yeux bien bandés et emportés dans un tourbillon de fantasmes, de sensations, de délires auxquels on ne peut que s’abandonner, portés par l’écriture rythmée, hypnotique et terriblement suggestive de Jean-François Mopin.
Comme elle, nous n’avons qu’une envie : connaître avec les yeux cet Amant qui la fait sombrer dans le coté obscur (mais aussi lumineux) du sexe, l’invite sans cesse à exprimer ses désirs, à ouvrir toutes les portes de son corps et à se dépasser. Mais il brouille les pistes, et on en redemande encore. Avec son art du mystère, l’Amant inconnu la mène sur les chemins des lectures de Sade, puis lui impose des jeux de plus en plus subtils et dangereux. La jeune femme se révèle vite une bonne élève obéissante et une amante experte, qui abuse de son art avec d’autres jeunes hommes pour toujours mieux satisfaire son maître. En la poussant dans ses retranchements les plus intimes, son obscénité et son goût démesuré pour le sexe ruissellent sur les pages…
Sous la plume efficace et sans retenue de l’auteur, « Le bandeau » est un beau roman d'initiation, maintenu par un suspens haletant sur l'identité de l'Amant, qui sera dévoilé avec brio dans les dernières pages. C’est aussi un très beau portrait de femme, qui décide d’infléchir son destin en s’offrant à l’Amour sans conditions, prête à toutes les folies et tous les extrêmes, pour se connaître mieux et prendre les chemins d’une liberté profonde et personnelle. Un livre envoûtant.
Jean – François Mopin, Le bandeau. Poche J’ai lu, Février 2008.
Article paru dans le Magazine des Livres de Mars 2008, en kiosque. Par Katrin Alexandre


La quête de Severin, le personnage principal, est d’abord esthétique et « sensualiste ». Dès son plus jeune âge, il éprouve de l’horreur pour tout ce qui est bas et vulgaire, et réserve ses sentiments les plus hauts pour une femme idéale, « la déesse d’amour même », « couchée sur des roses, entourée d’amours ». Il voit « dans la sensualité quelque chose de sacré, voire la seule chose sacrée ; dans la femme et dans sa beauté, quelque chose de divin ». C’est une statue qui va éveiller son idéal et deux peintures qui vont fixer ses fantasmes, peintures que l’on retrouvent au début du roman, dans le rêve du narrateur, ami de Severin, qui produisent sur ce dernier un effet indicible : La Vénus au miroir de Le Titien et la reproduction d’une belle femme, « nue dans une sombre fourrure, étendue sur un sofa », dont la « main droite jouait avec une cravache, tandis que son pied nu reposait nonchalamment sur l’homme couché devant elle comme un esclave, comme un chien ».
Ce repas entre amis n’aurait pu qu’être banal si Edouard n’avait succombé au charme d’Alice. D’une écriture un peu désuète, il lui écrit son trouble ; puis malgré des missives de refus laconique et abrupt d’Alice, il lui offre une relation épistolaire et clandestine, hors de la censure et des conventions. La résistance de l’héroïne, qui qualifie « la graphomanie » d’Edouard de « syndrome érotomaniaque », ne fait qu’exacerber les fantasmagories et les élucubrations oniriques de l’amoureux fou.
Le premier semble inoffensif d’un premier abord. La narratrice est une jeune fille de vingt-trois ans qui raconte sa vie toute simple dans son carnet et décide de le publier. « Elle a de la peau, des os et de la chair ». Elle aime Robert, un homme pas très sentimental, qui n’aime pas les œillades langoureuses et qui parle comme un Jean Gabin. Elle se lave, s’habille, se promène nue devant lui, elle fait l’amour n’importe quand , à n’importe qu’elle heure. Elle a des états d’âmes. Elle se pose des questions de tous les jours qu’elle partage avec son homme: Est-ce que le bâton gêne pour marcher ? Comment reconnaît-on un homme qui aime sa femme ? Comment sera ma vie quand je ne ferais plus l’amour ? La jeune femme déroule ses pensées, elle ne raconte que ce qui intéresse son amour pour Robert, même si à travers lui c’est le monde des hommes qu’elle observe. Car oui, elle le trompe parfois, et elle l’aime mieux après. Mon oreiller est un confessionnel, je les interroge, les confesse. Ils se livrent, se défendent, se trahissent. J’écoute et je n’oublie pas. Elle bavarde, on l’écoute, on est charmé par cette écriture qui cisèle les sentiments, qui étincelle crûment parfois au détour d’une page comme un petit diamant. Entre naïveté et désillusion, elle nous fait sentir qu’il n’y a qu’une chose dans la vie : le bâton des hommes, qui joue au bilboquet avec les femmes, mais surtout qu’une seule chose apprend une femme à vivre : c’est l’amour.





Mais il constate que la fellation soulève encore de nos jours de nombreuses réticences et qu’elle est encore sous le joug d’une répression morale, religieuse, puritaine, féministe. Puis nous en venons au cœur du « blocage » : « L’envie de sucer ne fait pas l’unanimité dans la population féminine » ; « Le fait est qu’elle constitue le plaisir suprême pour l’homme, mais pas pour la femme ». D’où découle quelques remarques intéressantes : on est fellatrice par stratégie (pour des raisons contraceptives et préserver la virginité) ou par utilité (pour préparer le coït), conclusion la fellation n’est qu’une pratique sexuelle secondaire ou « un amusement collatéral ». Or, la fellation est « le nec plus ultra du plaisir sexuel », et parce qu’elle l’est, l’auteur, passionné de son sujet, la défend et veut la « réhabiliter comme acte d’amour à part entière », « une fin en soi » et « un plaisir partagé ». 
Légère ouverture: "On sait que c'est. On sexe est. Le pronom on designe le sexe et avait la valeur de en, en ce lieu, en ce l'Yeu, en cet oeil-là. Le sexe se présente sous forme d'yeu ou d'oeil. Ce fut un légère ouverture". J.P. Brisset (La grammaire de Dieu).







L'amant de Lady Chatterley
Le sexe et l'effroi
Chansons pour elle et autres poèmes érotiques
Les Amours du chevalier de Faublas
Contes de fée
Pandora et autres nouvelles

Mais si l’on considère d’une part le traité « De Sodomia » écrit par le Père Louis Marie Sinistrari (1632-1701) prédicateur et inquisiteur de l’ordre des Franciscains, extrait de son grand œuvre de « De Delictis et poenis » (1754) où toute sa fureur se déchaîne contre cette «abominable dépravation », ce « vice si infâme», «ce crime abominable entre tous», et d’autre part les pratiques et le traitement de la sexualité anale dans la littérature, le cinéma, et l’art d’aujourd’hui, nous pouvons nous apercevoir du pas de géant qui a été fait.




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